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mar
2015
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Plusieurs générations sous un même toit ?

Faire cohabiter jeunes et vieux, étudiants et retraités, au sein d’un même immeuble : une expérience innovante qui tend à se généraliser. Car tout le monde y trouve son compte.

© Nexity

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 Brassage

Selon le rapport de la Mission interministérielle sur l’adaptation de la société française au vieillissement de la population remis par Luc Broussy en 2013, les plus de 85 ans non-dépendants seront un million et demi de plus par rapport à aujourd’hui dans les quinze prochaines années. Et nombre de ces futurs seniors souhaiteront demeurer le plus longtemps possible dans leur logement. L’objectif n’est pas seulement de brasser différentes générations au sein d’un appartement ou d’un immeuble. L’habitat intergénérationnel est aussi le lieu où elles se retrouvent et échangent de façon à créer une véritable communauté solidaire capable de tisser du lien social.

Cette population de personnes âgées en forte croissance est exposée plus que les autres à l’isolement social. Une enquête de l’Inspection des affaires sociales avait ainsi révélé que 17 % des plus de 60 ans déclaraient ne pas parler à quelqu’un tous les jours. En rapprochant en son sein tous les âges de la vie, l’habitat intergénérationnel représente l’une des réponses pour vaincre la solitude des personnes âgées dans une logique du mieux vivre ensemble.

La forme la plus répandue aujourd’hui de ce type de logement est la mise à disposition par le senior, à des étudiants ou à des jeunes travailleurs, d’une pièce de son habitation en échange d’une rémunération ou d’un service comme celui d’être présent certains soirs pour lui tenir compagnie, ou de l’aider à porter ses courses. Le locataire s’engage aussi à ne pas rentrer au-delà d’une certaine heure la nuit pour concilier au mieux leurs modes de vie. Apparue en Espagne dans les années 1990, la cohabitation intergénérationnelle s’est ancrée avec succès en France il y a une quinzaine d’années. Selon une étude de la Fondation nationale de gérontologie, elle concerne en majorité des femmes âgées de 72 à 85 ans et des étudiantes de moins de 25 ans. L’hébergement intergénérationnel fonctionne aussi dans l’autre sens et de nombreuses familles accueillent en leur sein une personne âgée ou vulnérable. Le réseau Famidac référencie ainsi près de 10 000 accueillants familiaux agréés.

Autonomie

Mais l’habitat intergénérationnel s’est aussi développé à l’échelle d’un immeuble, voire d’un quartier. Chargé de mission au sein de la Direction des activités sociales d’AG2R LA MONDIALE, périmètre Réunica, Romain Tribalat a recensé de nombreuses initiatives en milieu urbain.

Il s’agit souvent de structures qui mélangent toutes les générations et pas seulement les jeunes et les retraités, explique-t-il. La plupart des seniors y sont d’ailleurs autonomes. On y retrouve fréquemment des logements adaptés et des espaces et activités communes, favorisant la convivialité et la solidarité.

Un esprit communautaire propre à rassurer les locataires les plus âgés, d’autant que leurs habitations sont spécialement conçues pour préserver leur autonomie. Revêtement antidérapant, chemin lumineux, détecteur de mouvement, les logements intergénérationnels facilitent le maintien à domicile des seniors et réduisent par-là même les frais de médicalisation supportés par la collectivité.

Une solution économique, humaine et vertueuse qui doit néanmoins être encadrée pour être vraiment efficace.

La clé du succès est d’accompagner la cohabitation entre les générations, poursuit Romain Tribalat, par exemple avec la présence d’un animateur mettant en place des activités créatrices de lien social.

Le plus souvent, une médiation est mise en place au démarrage du projet puisque la seule juxtaposition d’individus ne peut suffire à créer du lien entre eux. Mais ensuite, la solidarité qui naîtra sera toujours bien plus concrète que dans un immeuble ordinaire. Le mieux-vivre ensemble n’a pas d’âge, il a tous les âges de la vie.

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