9
avr
2015
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Coworking : la révolution des usages !

La multiplication des espaces de travail partagés, initiée par les start-up, touche de plus en plus les grands groupes. Fini l’open space, bienvenue dans le monde du partage et de la collaboration. Une évolution irrémédiable, qui va bouleverser les usages dans l’entreprise.

Blue Office à Alfortville © Eric Sempé

Blue Office à Alfortville © Eric Sempé

Coworking ? Le terme paraît déjà ancestral, tant il est entré dans le vocabulaire courant. Et pourtant… c’était il n’y a pas si longtemps, souvenez-vous. En 2008, le premier espace de coworking, La Cantine, ouvrait ses portes à Paris. Aujourd’hui, il en existe plus de 200, répartis sur tout le territoire, même si près de la moitié se concentrent en Ile-de-France. Mutinerie, le Tank, ou le Numa, en sont les exemples les plus connus. Il y aurait aujourd’hui près de 3000 espaces de coworking dans le monde. Un chiffre en hausse exponentielle.

Partager, économiser, stimuler

Le principe est partout le même : proposer un espace de travail modulable à partager entre plusieurs entrepreneurs indépendants de façon à réduire les frais d’utilisation et à favoriser les échanges, la coopération et la créativité. La structure s’accompagne le plus souvent de services associés comme la mise à disposition d’une salle de réunion, d’un espace de détente et d’équipements collectifs (imprimante-photocopieuse ou matériel de production audiovisuelle). Le bureau peut se louer à l’heure pour les plus nomades ou au mois pour les plus sédentaires. Un environnement idéal pour les travailleurs indépendants ou les jeunes start-ups, qui trouvent là des conditions favorables pour couver leurs projets tout en les confrontant à un regard extérieur bienveillant et stimulant.

Mais le coworking ne s’arrête pas aux TPE ou aux PME :

La multiplication des espaces partagés fait partie d’une vraie tendance de fond à réorganiser les environnements de travail dans un esprit plus collaboratif 

résume Eric Texier, directeur innovation chez Sodexo. Eric Texier prend pour exemple les « flex office » que son entreprise a mis en place à son siège social de Bruxelles et que l’on retrouve de plus en plus aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Dans ce genre d’organisation spatiale, ajoute-t-il, il n’y a plus de bureaux attitrés et privatifs, mais des espaces collectifs à s’approprier qui répondent à des besoins et à des usages variés : salle pour petits groupes,  salle de réunion modulable, salle de créativité… Aller au bureau devient plus convivial pour les salariés qui vont aussi davantage s’ouvrir, se mélanger et échanger. Les « flex office » permettent ainsi aux entreprises de mieux s’adapter aux stimuli extérieurs, à l’image des start-up qui sont capables d’évoluer très vite.

Bien-être et productivité

En France, les futurs campus de Sanofi à Lyon et dans le Val-de-Marne prévoient eux aussi d’intégrer ces principes inspirés du coworking. Les expériences menées par Bouygues Telecom dans ses locaux en Ile-de-France ont déjà permis d’élever sensiblement  le taux d’occupation journalier des postes de travail, qui n’était que de 60 % avant la création de ces nouveaux espaces collaboratifs et collectifs. Car la mutualisation intelligente des bureaux permet aussi de mieux exploiter la surface tout en réduisant la facture immobilière. « La mode des open space, lancée il y a une dizaine d’années, avait elle aussi été guidée par une volonté de maximiser les espaces de travail, mais elle a eu des effets négatifs sur la productivité, poursuit Eric Texier. Rassembler tous les salariés autour d’une grande table rectangulaire peut générer une gêne peu propice à l’épanouissement professionnel.

Les espaces partagés mettent davantage de « fun » au travail, atténuent les ruptures hiérarchiques et cela se répercute dans les performances des salariés.

En France, 10 à 15 % des surfaces de travail sont aujourd’hui consacrées aux usages collaboratifs, le plus souvent sous la forme d’une salle de réunion classique. Les espaces restants sont occupés par des bureaux individuels ou des open space. Eric Texier prévoit que d’ici 5 ans, plus de 50 % des surfaces de bureau seront destinées à un usage collaboratif, de façon formelle (espaces collectifs de travail) ou informelle (espaces détentes). Mais transformer des lieux privatifs en espaces partagés ne signifiera pas pour autant que le salarié devra sacrifier toute possibilité de s’isoler : « Il y aura toujours des endroits prévus pour se concentrer individuellement, conclut Eric Texier. Les salariés se déplaceront simplement d’un espace à l’autre selon leurs besoins. » Ils pourront même sortir de l’entreprise pour travailler de leur domicile ou d’un télécentre, un espace de coworking spécialement dédié au télétravail. C’est l’exemple des « Blue office » créés par Nexity en banlieue parisienne, des espaces de travail à distance au cœur des zones résidentielles, qui offrent davantage de flexibilité aux salariés franciliens. Il faut dire qu’aujourd’hui, on estime entre 12 et 15% le nombre de salariés français qui pratiquent le télétravail.

Le mouvement vers une sortie du modèle traditionnel du travail est donc lancé.  Mais le chemin est encore long : selon un récent sondage TNS/Sofres, 68 % des salariés préfèrent occuper un bureau… privatif. A l’avenir, un système ne va pas remplacer l’autre. C’est bien vers une hybridation des modes de travail que l’on se dirige.

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